Une histoire de fantômes et d'amour pur.
Vous pourrez la lire en librairie, en entier, en 2008, si tout
se passe bien.
Il s'agit d'un conte d'hiver, comme le dit l'auteur, en exergue.
Conte d'hiver mais aussi conte de Noël, dans la tradition
dickensienne. L’autre hommage rendu est contenu dans le
titre, puisqu’il s’agit de Shakespeare.
L’histoire est rédigée avec des références
nombreuses aux Scots, au langage scots en particulier. Le texte
fourmille donc de mots scots, de mots rares et appartenant au
vieil anglais - heureusement que je suis ultra-équipée
en dictionnaires de toutes sortes. Certes, ce n'est pas du Chaucer.
Dieu merci !
Barrie use de l’histoire écossaise en guise d’arrière-plan
et ce conte rappellera par certains aspects The merry men
de Stevenson.
Une histoire à lire au coin du feu, lorsqu'il crépite,
et que le vent hante la nuit. Une histoire de fantômes,
les Étrangers, tels qu'ils sont nommés dans le texte.
C'était un cadeau de Barrie aux lecteurs du Times. L'histoire
ne fut publiée en volume que secondairement, suite à
la demande des lecteurs - ce n'était pas prévu.
Elle a vu le jour dans le journal la veille de Noël.
C'est la dernière histoire écrite par Barrie, à
l'âge de 72 ans. Il lui restait 5 ans à vivre.
On sent le souffle raccourci de l'auteur. Ce n'est pas un texte
parfait, mais il n'en est que plus beau. Et la fin est poignante.
Barrie est si étrange... enfin, je suppose qu'il semble
ainsi à ceux qui ne lui sont pas familiers.
Denis Mackail écrivit ceci au sujet de cette longue nouvelle
:
«S’il l’avait voulu,
Adieu miss Julie Logan aurait pu devenir aisément
un autre roman. Mais il ne le permit pas. L’histoire avait
sa propre temporalité. Probablement, cette histoire apparaît
quelquefois comme la plus lente jamais écrite. Mais il
la contemplait et savait qu’il ne s’agissait là
que d’une illusion. Car, désormais, il connaissait
tous les secrets de la concision, sans omettre le secret qui permet
de s’attarder et de garder le cap, de demeurer dans la droite
ligne. Et, de plus, il ne voulait pas écrire un roman.
Il souhaitait raconter cette histoire exactement de la manière
dont elle appelait elle-même son récit.
Peut-être existait-il une autre façon. Peut-être
pas. Il ne pensait pas aux éditeurs, ni aux correcteurs
ni même aux lecteurs, demeurant à l’écart
de tout ce qui ressemblait peu ou prou à une attitude ordinairement
professionnelle. Il était autant soumis à la magie
que son héros. Il était le héros, alors il
écrivit et écrivit… Le temps et l’espace
n’existaient plus quand il glissa hors de sa soixantaine,
puis dans les gorges qui surplombaient Kirriemuir. (…) Il
a offert cette histoire, sans exiger le moindre paiement, au
Times, un périodique qui ne publie jamais de fiction.
Mais c’était le premier quotidien en langue anglaise.
(…) Il fut prévu, dans un secret plus grand que jamais,
qu’Adieu Miss Julie Logan serait publié
sous la forme d’un supplément avec l’édition
de la veille de Noël : un cadeau pour les lecteurs du Times.
Une surprise - bien qu’il y eut des annonces au fur et à
mesure qu’approchait la date – afin de retenir l’attention
d’une large audience. Peut-être la meilleure vitrine
au monde pour une histoire. Mais une boutique ouverte une seule
fois. Il y avait donc peu de raisons de payer l’auteur,
en aurait-il manifesté la demande. (…) une grande
quantité de gens qui, soit n’avaient pas pris le
supplément, soit avaient été préoccupés
par d’autres choses liées à la période
de Noël, ont écrit afin de demander une copie de ce
texte. Tant et si bien qu’il fut décidé de
le retirer sous une forme particulière au prix d’un
shilling. Le public alors rechigna à ce prix ou pensa qu’un
livret de huit pages, mesurant dix-huit pouces et demi sur douze,
serait plutôt un désagrément dans la maison
et, en tout cas, semblait presque faire autant marche arrière
qu’il avait été empressé quelques jours
auparavant. Pendant ce temps, Messieurs Hodder et Stoughton furent
autorisés à publier ce texte (…) ce ne fut
rien de moins qu’un best-seller. (…) Barrie avait
désormais écrit son dernier livre. »
Premières lignes :
Nous sommes le premier jour de décembre
de l’année 18.. ; je pense qu’il est prudent
de ne point s’approcher plus avant de la date, au cas où
ce que je suis présentement en train d’écrire
ne prenne une fâcheuse tournure ou bien ne tombe entre des
mains curieuses. Je n’ai pas besoin d’être autant
sur mes gardes en ce qui concerne le climat actuel. C’est
une nuit de bourrasques foudroyantes ; elles ont projeté
ma fenêtre à mes pieds, il y a une demi-heure. Elles
sont venues jouer de la cornemuse de pièce en pièce,
comme ces officiers de loi qui chercheraient à appréhender
et à délivrer la justice à quelque ministre
scots, qui serait assis ici, prêt à mettre en accusation
toutes les apparitions et les sorcières. Il y a eu une
nouvelle bourrasque tout à l’heure. Ce soir, les
vents répondent à mon invitation. Je crois que je
peux les prendre au piège et les rassembler en un seul
endroit. Ils traversent le presbytère. Je cours de porte
en porte. Je les ouvre et les ferme, tour à tour. Je suis
en passe de devenir le chef d’orchestre d’un ensemble
plutôt sinistre.
J’essaie de m’atteler à la première
page du Journal que les Anglais m’ont mis en demeure d’écrire.
Il n’y a aucune raison de l'entamer ce soir, car pour le
moment pas un flocon n’est tombé sur mon premier
hiver dans la gorge. Ce Journal est supposé être
un récit de ma vie ici, pendant les semaines (on m’a
dit qu’il pouvait être question de mois) où
la gorge est « fermée à double tour ».
Cela signifie que la personne prise au piège ici peut très
bien ne plus avoir moyen de sortir, dès que la gorge est
enroulée dans la neige… Si l’on se fie aux
histoires qui rampent ici, à la manière dont les
brumes bercent nos collines, à l’endroit même
où les Anglais ont dû les ramasser, il est dit que
des formes appelées « Étrangers » s’y
promènent. Vous cheminez parmi l’étrange,
sans le savoir. Vous marchez et parlez avec ces spectres, pensant
qu’ils appartiennent à votre monde, jusqu’à
ce que, peut-être, ils vous jouent de sales tours…
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