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"Je n'allais
pas souvent avec eux. Nous ne savions pas à ce moment
que les gens du pays n'aimaient pas, par superstition, atterrir
dans l'île, qui était censée ressentir
cette répulsion. Elle avait un nom celtique qui signifie
"l'île qui aime à être visitée".
Mary Rose ne savait rien de tout ceci et adorait son île.
Elle avait l'habitude de lui parler, de l'appeler sa chérie
et d'autres noms affectueux."
Mary Rose
Photographie d'Andrew
Birkin, lors de son voyage aux îles Hébrides.
Le Loch Voshimid
(Hébrides extérieures - île de Lewis-Harris).


Cliquez sur la carte pour l'agrandir. Ma croix est
approximative, car l'île de Mary Rose est "posée"
sur le Loch Voshimid. Par cette croix, je désigne simplement
et grossièrement la partie des Hébrides qui
nous intéresse.
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Cette pièce importa beaucoup à Alfred
Hitchcock. Il s'en explique
ici.
Une étude sur les réminiscences
de Mary Rose dans les divers film du Maître a été
écrite par Joseph McBride dans la revue Cineaste (Volume
XXVI, Numéro 2). Nous vous livrons ci-dessous un résumé
de la pensée de l'auteur, mêlé à nos réflexions
et recherches.
Hitch. souhaitait donner une version plus noire de la pièce
de Barrie. Mais son projet s'avéra trop "perturbant"
pour que Universal lui permît de le réaliser. La méditation
poétique sur la jeunesse éternelle et sur la mort étaient
les éléments qu'Alfred H. voulait tirer de la pièce.
En 1920, il imagina Fay Compton
dans le rôle principal de Mary Rose. Il fera jouer l'actrice,
en 1932, dans Le chant du Danube (Waltzes from Vienna).
La pièce, entre-temps, fut reprise en 1926 et en 1929. Hitchcock
s'évertuera à l'adapter dans les années 60. En
vain ! Donald Spoto, le biographe du cinéaste,

explique que cette impossibilité
fut la plus grande déception de toute sa vie artistique. C'est
surtout pendant les années 1963-1964, pendant le tournage de
Marnie, qu'il s'est le plus investi dans ce projet. Il travailla
sur le scénario avec Jay Presson Allen. Désormais,
il rêvait de Tippi Hedren dans ce rôle.
Il explora des territoires artistiques inexplorés pendant les
années 60, grâce aux libertés nouvelles accordées
aux cinéastes. Son plus beau voyage fut alors celui qu'il entreprit
dans ce que Shakespeare appelait "le pays inconnu d'où
aucun voyageur ne revient" - sauf Mary Rose !
En 1963, Hitchcock aurait souhaité que Fay Compton jouât
le rôle de Mrs. Otery, la gardienne de la maison hantée
de Mary Rose.
L'appel de l'île est un élément
difficile à rendre. Mais il avait pensé à un
thème pour Bernard Hermann : un mixte entre la musique de Vertigo
et celle de Mrs. Muir (l'admirable film de Mankiewicz). On
retrouve une trace de Mary Rose dans Vertigo : lorsque
Scottie (James Stewart) sort Madeleine (Kim Novak) de l'eau. Elle
demande où est son enfant (elle n'en a pas) pendant son sommeil.
La pièce La vieille dame montre ses médailles
[bientôt en ligne] témoigne
aussi de cette absence d'enfant...
Mary Rose est presque le fruit d'un songe, celui de ses parents et
de son fiancé, Simon. Elle incarne pour Hitch. un être
vaporeux, inaccessible, irréel, immatériel... A nos
yeux, elle est le symbole de l'oeuvre tout entière de Barrie,
qui n'élit jamais un domaine entre le réel et l'imaginaire.
Mary Rose revient d'entre les morts et hante les vivants, car elle
se sent coupable d'avoir abandonné son enfant (Harry).
Dans les années 50, Hitchcock, toujours amoureux de la blondeur,
envisagea Grace Kelly dans le rôle.
Il a entretenu une relation malsaine avec Tippi Hedren. Il s'est comporté
avec elle comme Scottie avec Madeleine dans Vertigo...
En 1963, il demanda à son agent d'acquérir les droits
de Mary Rose pour un film et enregistra le projet sous le
titre suivant : "L'île-qui-aimait-à-être-visitée".
Allen écrivit deux versions du scénario. Hitch. désirait
que le film ne soit pas vendu comme "la Mary Rose d'Hitchcock"
mais sous cette dénomination "Une histoire de fantôme
par A. Hitchcock : Mary Rose."
Hitchcock s'est entretenu assez précisément du projet
avec François Truffaut : ici.
Il concevait cette histoire avec une touche de science-fiction [le
terme me paraît inapproprié]. La véritable question
étant la suivante :
"(...) derrière tout cela,
il y a cette idée exposée flegmatiquement : si les morts
revenaient, nous ne saurions absolument pas quoi faire d'eux !"
Après Tippi Hedren, c'est à Claire Griswold
que le Maître pensa pour ce rôle. Hélas, ce n'était
pas le genre de film que l'on attendait de lui ! Il ne put mener à
bien son projet. Contrairement à ce que l'on pourrait penser,
Hitchcock n'eut jamais tout à fait carte blanche à Hollywood.
Il se consola quelque peu en saupoudrant quelques éléments
de Mary Rose dans la scène d'ouverture de Family Plot.
Universal empêcha Hitchcock de tourner ce film, qui était
une entreprise excessivement personnelle. Il s'y était beaucoup
impliqué émotionnellement. On le ressent dans la scène
finale qu'il a écrite lui-même et qui se tient entre
le narrateur et le batelier / prêtre Cameron.
On peut la lire ci-dessous :
Extrait du scénario d'Hitchcock
:
Once more THE ISLAND as we saw
it first, a sweet solitary place, a promising place. And now again,
we hear CAMERON's voice.
Cameron (o.s.)
The Island. The Island That Likes To Be Fisited. Surely we all know
at least one such tempting place. such an island. where we may not
to go. Or if we do dare to fisit such an island. we cannot come away
again without.
(there is bitter humor in his voice)
. without embarrassment. And it takes more than
a bit of searching to find someone who wille forgife us that.
(CAMERON's voice changes now, becomes louder,
matter-of-fact, and final)
Well, that iss it. Let's go back home now.
(ironically)
There of course it's raining.
THE CAMERA begins to retreat. The Island grows
smaller, mistier.
CAMERON (cont'd, o.s.)
. as usual. And there's a naughty boy waiting for punishment and an
old villager who had the fatal combination of weak heart and bad temper.
He'ss waiting to be buried. All the usual, dependable, un-islandy
things.
(he sighs deeply)
You understand.
As the Island becomes nom ore than a distant
vision, CAMERON's voice diminishes as well, until at last we have
lost them both.
FADE OUT
Vous pouvez télécharger
le scénario en entier
ici et lire cet
article-ci.
*
Ce thème du fantôme sinue dans l'oeuvre entière
de Barrie. Farewell Miss Julie Logan est aussi un conte d'amour
et de mort. On pourrait citer d'autres exemples plus touchants les
uns que les autres dans son oeuvre. En ce qui concerne Mary Rose,
Barrie puise son inspiration dans la mythologie celtique, selon laquelle
les enfants sont capturés par les fées. Wendy est une
enfant et une mère, de même Mary Rose. Les Hébrides
sont une terre mère vierge. L'île protège Mary
Rose de la croissance, synonyme de corruption. En filigrane, il est
possible de se demander si la question de l'inceste entre le père
et la fille n'est pas suggérée.
*
« Je crois que les seuls fantômes
qui se glissent dans notre monde sont de jeunes mères décédées
qui reviennent voir comment se portent leurs enfants (1). Il n’y
a pas d’autre motivation assez forte pour ramener ceux qui sont
partis. Elles entrent sans bruit dans la chambre bien connue, quand,
de jour et de nuit, les geôliers sont occupés. Elles
murmurent : « Comment vas-tu, mon enfant ? ». Mais, toujours,
de crainte qu’un visage étranger ne l’effraie,
elles murmurent si doucement qu’il ne peut entendre. Elles se
penchent sur lui pour voir s’il dort paisiblement, et replacent
son bras mignon sous la couverture, puis ouvrent les tiroirs afin
de compter combien de petites vestes il possède. Elles aiment
faire ce genre de choses.
Ce qui est le plus triste, en ce qui concerne les fantômes,
c’est qu’ils ne peuvent reconnaître leur enfant.
Ils s’attendent à le trouver tel qu’il était
quand ils l’ont laissé, et ils sont naturellement perplexes.
Ils le cherchent de chambre en chambre et détestent l’inconnu
qu’il est devenu. Pauvres âmes passionnées ! Elles
peuvent même le blesser. Ce sont ces fantômes qui vont
gémissant dans les vieilles maisons. De folles et extravagantes
histoires sont inventées pour expliquer ce qui est si pathétique
et si simple. Je connais un homme qui, après avoir erré
au loin, est revenu à sa première maison afin d’y
terminer ses jours. Quelquefois, de sa chaise, près du feu,
il voyait la porte qui s’ouvrait doucement et le visage d’une
femme apparaissait(2). Elle le regardait toujours avec un air d’extrême
vengeance, puis elle disparaissait. Des choses étranges se
sont produites dans cette maison. Les fenêtres étaient
ouvertes la nuit. Les rideaux du lit étaient enflammés.
Une marche de l’escalier s’effondrait. Le couvercle d’une
vieille trappe dans le couloir, où il marchait, était
astucieusement ôtée. Et, quand il tomba malade, une mauvaise
potion fut déposée dans le verre à son insu,
et il mourut. Comment cette jeune et jolie mère aurait pu savoir
que ce commerçant grisonnant était l’enfant qu’elle
recherchait ?
Toutes nos idées sur les fantômes sont fausses. Il n’est
rien de si insignifiant que l’idée selon laquelle ce
sont le non-respect de leurs dernières volontés ou les
actes de violence qui les font revenir. Nous sommes presque moins
effrayés par eux qu’ils ne le sont par nous. »
Le petit
oiseau blanc
Echo de ce texte dans un carnet, qui renvoie lui-même à
une lettre.
[Carnet 19 – note 21, 1899
Barbara. Une mère meurt à la naissance de son enfant
– ils se frôlent lors de divers voyages (l’un embarque,
l’autre accoste), semblent se saluer l’un l’autre
– les seules fois où nous sommes confiants, au début
et à la fin.(3)]
(1) Thème de la pièce Mary Rose.
(2) Troublante préfiguration de Mary Rose. Une scène
similaire se produit dans la pièce.
(3) Cette note est presque identique à la lettre que Barrie
écrivit à Sir Arthur Quiller-Couch, en date du 6 novembre
1899 :
«Que la mère doive mourir au moment même
où l’enfant paraît enseigne, je pense, une grande
leçon de sérénité. C’est comme s’ils
se frôlaient pendant leurs voyages : quand l’un vient,
l’autre part. Comment ne pas les entendre se saluer ? La naissance
et la mort sont les voyages au sujet desquels nous sommes les plus
confiants ; nous ne le sommes jamais autant dans l’intervalle
; tout semble si facile au début et à la fin. »

***********************************************************************************
Brigadoon de Vincente Minnelli

Féerie à nulle autre pareille, ce film
de Minnelli emprunte certains de ses traits à James Matthew
Barrie et en particulier à sa pièce, Mary Rose.
Qui s'en souvient encore ? Il y aussi le nom du personnage : Tommy
ou encore l'idée de la bruyère blanche, qui à
mon sens ne sont pas de simples coïncidences...
Lire ceci, pour savoir d'où provient la bruyère
blanche selon le très romantique Barrie qui met en scène
Bonnie Prince Charlie et donne à saisir à travers Julie
Logan une émanation de Flora
MacDonald - à peine entre les lignes :
À une occasion,
ils dirent : « La Personne Qui Était Avec Lui »,
comme s’il n’était pas prudent d’en dire
davantage. « Lui » était l’Étranger
qui passait, aux yeux du pauvre d’esprit, comme le Chevalier
en personne. On dit de lui qu’il a séjourné dans
le glen pendant un moment au cours du mois de juillet, fiévreux
et si harassé qu’aucun ami n’osa se rapprocher
de lui avec de la nourriture de crainte qu’il ne fût capturé.
Je n’ai pas vu cette cachette, mais le docteur m’a dit
qu’elle existe encore et n’est rien d’autre qu’un
repaire, niché sous ce que nous appelons un abri, un refuge
pour les moutons. À l’origine, c’était probablement
l’embouchure du terrier d’un renard, élargi à
coup de dague. S’il a jamais existé, le repaire a depuis
longtemps été comblé avec des pierres, qui sont
tout ce qui rappelle la résidence royale.
Les moutons s’abritent à nouveau dans ce refuge, mais
il n’y en avait aucun au temps du Prince, s’il vint jamais
ici. Pas plus, si l’on se fie aux histoires, que l’on
ne pouvait lui apporter de la nourriture. Dans ces conditions, il
avait été sauvé par la mystérieuse Personne
Qui Était Avec Lui.
Bien sûr, la légende veut qu’elle fût jeune
et belle , de haute naissance, l’aimant beaucoup. Elle le nourrit
avec l’aide involontaire des aigles. La Roche aux Aigles, qui
n’est pas loin de l’abri, est une masse imposante, que
les ghillies prétendent inaccessible à un homme qui
entreprendrait de l’escalader - à cause de ce que l’on
appelle la Pierre de Logan. Aucun aigle ne fait son nid ici de nos
jours ; ils sont tombés sous les balles de leur ennemi moderne,
les garde-chasses, qui jurent qu’un couple d’aigles ramènera
une centaine de tétras, ou plus, à leur nid, afin de
nourrir leurs petits.
À cette époque, il y avait un nid d’aigles au
sommet du rocher. L’escalade est périlleuse, mais de
nos jours les gens robustes peuvent monter jusqu’à la
Pierre de Logan, d’où ils font ensuite marche arrière.
Il y a des pierres de Logan, m’a-t-on dit, tout autour du monde
et ce sont des pierres qui se balancent. On dit qu’il est possible
de les voir se balancer dans le vent et, pourtant, elles sont là
depuis des siècles. Un tel monstre se tient au sommet de notre
Roche aux Aigles et vous ne pouvez atteindre le sommet sauf en l’escaladant
mais vous pouvez sauter. Par deux fois des hommes du glen ont sauté
et elle les a rejetés. Néanmoins, l’histoire veut
que cette Personne Qui Était Avec Lui se soit faufilée
à travers le noir, entre les chercheurs, et ait atteint le
sommet par le chemin de la pierre de Logan. Puis, après quelques
bagarres avec les aigles pour le gain de leurs possessions, elle aurait
ramené en bas quelques jeunes tétras pour son seigneur.
Au dire de tous, il s’agissait d’une jeune fille et, dans
le glen, la bruyère blanche est le symbole de son ancienne
présence. Avant sa venue, de bruyère blanche on n'avait
jamais vu le moindre brin, et elle est donc supposée - ceci
n’a pas le moindre sens - être la trace de ses jolis pieds
nus.
La bruyère blanche lui porta peu chance. Dans cette fuite rapide
et peut-être ensanglantée, elle fut laissée en
arrière. Rien de plus ne circula à son sujet, excepté
que, lorsque son seigneur et maître embarqua pour la France,
il demanda à ses highlanders « de la nourrir et de l’honorer
comme elle l’avait nourri et honoré. » Ils furent
loyaux bien que malavisés et j’ose croire qu’ils
auraient accompli cette tâche s’ils l’avaient pu.
Certains pensent qu’elle est dans l’abri, dans le trou
sous les pierres, et qu’elle attend encore. Ils disent que,
peut-être, il y eut une promesse.
Adieu Miss Julie Logan (la
dernière histoire de Barrie, que j'ai également traduite
et qui attend une publication...)
{ Trad. Céline-Albin Faivre - ne pas reproduire son mon consentement.
}
Alan Jay Lerner a suffisamment expliqué comment Brigadoon
est né de son admiration pour Barrie, et de son amour pour
ses histoires écossaises.
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Barrie est allé aux Hébrides, décor de Mary
Rose. Voir quelques photos avant leur départ : ici.
L'île de Mary Rose, où je me rendrai bientôt, qui
a inspiré son histoire à Barrie.

Photographie d'Andrew
Birkin
Île de Harris et le AMHUINNSUIDHE CASTLE, connu de J.M. Barrie
lors de son séjour là-bas, puisqu'il en fut l'invité
:

(Photographies empruntées à
ce site-ci)
Vous pouvez également consulter mon JIACO, Les Roses de décembre,
où j'ai écrit quelques billets sur les Hébrides.
TO BE CONTINUED... / A SUIVRE...
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