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| James Matthew Barrie, mon auteur bien-aimé, est né le 9 mai 1860, à Kirriemuir, en Ecosse.
Il était le neuvième
enfant et le troisième garçon du couple formé par
David et Margaret
Son père était un ouvrier
tisserand et sa mère, femme qui tenait son foyer d'une main de
fer, lui lisait des histoires, surtout celles de Stevenson (également
écossais), qu'elle vénérait, mais aussi Les
Mille et une nuits, Robinson Crusoe et bien d'autres.
Toutefois, les histoires que le petit garçon d'alors préférait
étaient celles du temps jadis, lorsque sa mère était
une petite fille...
Le petit Jamie lisait beaucoup de penny dreadfuls et, plus tard, fut un avide lecteur de Chatterbox. Le fils préféré de sa mère, David, qui avait à peu près le double de son âge (13 ans), mourut lorsque James Matthew avait environ sept ans d'un accident de patin à glace (Cf. le certificat de décès). Sa mère demeura prostrée pendant un an, jusqu'à ce que le jeune Jimmy vienne lui parler, un jour, à son chevet. La scène est évoquée dans ce livre qui ne parle que de sa mère, Margaret Ogilvy. Sa mère eut une influence immense, trop importante certainement, sur son fils, jusqu'à sa mort, et au-delà. Toute sa vie, Barrie semble avoir tenté de reconquérir les jeunes années, les rares années heureuses, de son enfance, avant cette tragédie. Le petit Jimmy essaya même de remplacer le disparu dans le coeur de sa mère, allant jusqu'à s'habiller avec les vêtements du défunt et à imiter son sifflement pour s'identifier au fils à jamais perdu. L'enfance de James Matthew Barrie ne fut pas couronnée. Le père est une figure qui semble, non pas nuisible, mais quelque peu absente, et la mère, une femme dépressive et autoritaire. Mais ce n'est point à nous de juger ni de supposer. Tout au plus peut-on ressentir ce manque, si notre âme est sensible. James Matthew Barrie ne nous permettrait pas de juger sévèrement ses parents, j'en suis convaincue. Mais il grandit sur une fêlure. Il suffit de le lire pour tomber dans son propre abîme. Toute sa vie, il essaya d'emporter l'amour de sa mère, mais n'y parvint jamais tout à fait. On ne peut lutter contre les fantômes. Il s'était donné la mission de consoler sa mère de cette perte et affirma, par la suite, que son envie d'écrire avait cette origine. On retrouve d'ailleurs toujours un personnage nommé David dans plusieurs de ses oeuvres et un certain nombre de fantômes (dont celui de Mary Rose, pièce qui fascina sa vie durant Alfred Hitchcock et qu'il ne put adapter au cinéma, malgré son grand désir de le faire ). James Matthew Barrie fut l'élève des écoles de Forfar, de Dumfries et de Glasgow. En 1887, il entra à l'Université d'Edimbourg, d'où il ressortit, quatre ans après, muni d'une maîtrise. Il travailla comme journaliste pour le Journal de Nottingham avant de s'installer à Londres, à son compte, en 1885. Notons qu'il signait ses premiers articles du pseudonyme de "Anon" - pour Anonyme. Ce choix est ironique car les journalistes qui se s'étaient pas "fait de nom" n'avaient pas de signature et l'article était "anonyme"... Le premier livre qui eut du succès fut Auld Licht Idylls (1888), un recueil de scènes courtes consacrées à la vie à Kirriemuir. Les histoires contenues dans A Window in Thrums (1889) explorèrent la même veine.
Les enfants connurent, pour certains d'entre eux, un destin tragique (une noyade étrange, une mort à la guerre et un suicide,) et Barrie fut très affecté par ces disparitions successives. Il reçut les honneurs - un titre de Baronet en 1913, l'Ordre du Mérite en 1922 et le rectorat de l'université de St.Andrews, où il délivra une émouvante allocution intitulée Courage (1922), puis les fonctions de chancelier de l'Université d'Edimbourg. Il devient Président de la Société des Auteurs en 1928.
La plupart des pièces de Barrie connurent le succès. Au moins six d'entre elles, d'après les critiques, sont d'une très haute tenue : Quality Street (1901), The Admirable Crichton (1902), What Every Woman Knows (1908), The Twelve-Pound Look (1910), The Will (1913), et Dear Brutus (1917). A mes yeux, son oeuvre entière est un trésor. Barrie idéalise l'enfance et expose une vue désillusionnée de la vie d'adulte, très perceptible dans la mélancolie qui imprègne son ouvre. Parfois, ce désenchantement s'exprime avec humour, comme dans The admirable Crichton, où un valet devient le roi d'une île déserte et ses anciens employeurs ses servants, avec un ton satirique dans The Twelve-pound look et quelquefois tragiquement, avec Dear Brutus par exemple, où neuf hommes et femmes, dont la vie est triste et ratée, obtiennent par magie une seconde chance, qui ne leur servira qu'à échouer une seconde fois sur le récif de leur caractère. Les didascalies de Barrie, dans ses pièces, sont parfois plus fructueuses que le dialogue lui-même. Il s'est en effet montré très doué pour trouver les meilleurs effets scéniques et pour présenter des personnages. Les éléments sentimentaux et fantasques de son oeuvre continuent aujourd'hui encore à alimenter un malheureux malentendu sur la valeur de son oeuvre. Ceci témoigne d'une incompréhension majeure de son travail et d'une incapacité pour certains de se frotter à cet esprit si singulièrement doué. Barrie est extrêmement célèbre et vénéré dans les pays anglo-saxons. Son relatif anonymat en France est essentiellement dû à une inculture crasse provoquée par l'absence d'éducation des jeunes gens en matière de littérature étrangère.
Vers la fin de sa vie, Barrie, accablé de crampes de la main, devint ambidextre et avait coutume de dire : "J'écris des choses avec la main gauche, ou pour le dire de manière plus correcte, il s'écrit des choses avec moi par cette main gauche, qui se seraient exprimées avec plus d'humanité par la main droite. Je n'ai jamais, aussi loin que je me souvienne, écrit des histoires pesantes, comme Dear Brutus ou Mary Rose, tant que je me servais de mon autre main. Je n'aurais pas pu écrire ces choses, telles qu'elles sont, avec ma main droite". Ce qu'écrivait sa main gauche était plus sinistre que ce qu'écrivait la main droite, plus rationnelle... Il s'agissait plus ou moins d'une plaisanterie, car Barrie semble avoir été gaucher de naissance.
Barrie est mort le 19 juin 1937. Il est enterré dans le cimetière de Kirriemuir, [Crédit photographique : Iain MacFarlaine pour ce site]
son lieu de naissance. Sa maison natale, au 9 Brechin Road, est entretenue et transformée en musée par le National Trust for Scotland. Voir
mon mon voyage en Ecosse, en vidéos, avec une étape au
cimetière. Documents familiaux : ici. ~ Voir les
registres d'état civil en rapport avec la vie de J.M. Barrie...~ *************************************************************************************** Repères chronologiques : 1867 : mort de son frère aîné,
David, d’un accident de patin à glace. Lire l'article de l' Encyclopaedia Britannica de 1911
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