
[Bientôt - En construction]
1. La genèse du personnage dans l'oeuvre
de Barrie
Plusieurs étapes, faciles à repérer.
-
Une idée jetée en l'air dans
le roman Tommy et Grizel :
La première apparition de Peter Pan, du moins
à titre d’idée, se trouve dans l’esprit
de Tommy Sandys,
l'écrivain, qui imagine l’histoire d’un
enfant qui ne grandirait pas. Le passage suivant n’est
pas non plus étranger à Peter Pan, tel que nous
le découvrirons dans Le petit oiseau blanc
: « Le nouveau livre, bien
sûr, était L’enfant vagabond. Je me demande
si d’aucuns parmi vous l’ont lu maintenant. Vos
pères et vos mères pensent beaucoup de choses
au sujet de ce mince volume. Mais cela fera peu sensation
à une époque où tous les auteurs s’essaient
à être celui qui peut dire : « Zut ! »
le plus fort. Ce n’est rien, sinon une rêverie
au sujet d’un enfant perdu et de ses parents qui le
recherchent, pris de terreur à l’idée
de ce qui a pu lui arriver. Mais ils le trouvent dans un bois,
en train de chanter joyeusement parce qu’il est libre.
Il craint d’être à nouveau mis en cage,
alors il s’éloigne d’eux en courant à
travers les bois, et il court encore, chantant pour lui-même
parce qu’il est libre. C’est vraiment tout. Mais
Tommy Sandys ne savait pas comment raconter cette histoire.
A partir de l’instant où il conçut cette
idée (…), il sut que c’était une
idée pour lui. Il oublia aussitôt qu’il
n’aimait pas réellement les enfants. Il se dit
respectueusement à lui-même : "Je peux la
laisser tomber. " Et, ainsi qu’il était
habituel avec lui, plus il lui sembla laisser échapper
cette idée, plus il sembla l’aimer. (…)
»
-
The boy castaways of Black Lake Island
:
Cf. Beinecke
Library
livre édité en
tirage privé à deux exemplaires
(George Llewelyn Davies prétendra avoir
oublié son exemplaire dans un train -
acte manqué ou mensonge ? Barrie était
le propriétaire du second), en 1901.
Ce livret est composé de 36 photographies
qui illustrent les histoires que Barrie inventa
pour les enfants Davies durant l'été.
[Voir ces photographies sur le site d 'Andrew
Birkin et / ou
sur ma page personnelle] Il y a pour tout
texte les en-têtes de chapitres jamais
écrits. On retrouve dans le Petit
oiseau blanc les aventures qui y sont décrites
en images, lorsque le narrateur joue avec David
et son camarade, Bailey.
La Dédicace aux Cinq est un
hommage aux enfants Davies, en souvenir de leurs
jeux ; elle orne la dernière version
publiée de la pièce Peter
Pan et parle de ce fameux été
. Barrie y écrit les mots suivants
: "J'ai créé
Peter en vous frictionnant tous les cinq comme
des sauvages, de même que deux bouts de
bois produisent une flamme."
[ Dédicace aux Cinq]
- Cinq
chapitres du Petit oiseau blanc :
Peter Pan est un enfant de sept jours qui s'enfuit par
la fenêtre de sa nursery. Il va vivre dans les Jardins
de Kensington. Il retournera deux fois auprès de sa mère,
sans qu'elle le sache. La seconde fois, la fenêtre sera
fermée et il apercevra sa mère en compagnie d'un
autre enfant, qui l'a supplanté dans son coeur. Je vous
renvoie à cette autre page du site, intitulée
par votre hôte Ballade pour
les enfants morts.
- Anon : a play ;
- Peter Pan : la pièce,
puis le roman.
2. Inspirations possibles pour la création
du personnage (et l'oeuvre)
Vraisemblablement, James Matthew
Barrie emprunta quelque chose à Bluebell in Fairyland,


une pièce de et avec Seymour Hicks.

et son épouse,

Ellaline Terriss...
Jimmy, en décembre 1901, avait emmené les enfants
Davies assister à ce spectacle féerique et fut emballé,
puis inspiré. La pièce appartenait à la tradition
de la pantomime, mais était destinée spécialement
aux enfants. Il s'agissait, de plus, d'une oeuvre originale et
non de l'adaptation d'un classique. Barrie désirait que
Seymour Hicks jouât le rôle de Crochet.
Il existe une différence majeure entre les deux oeuvres
: Bluebell est imaginaire de part en part, alors que
Peter Pan ne comporte qu'une part d'imaginaire, puisque
les enfants sont réels et tout à fait ordinaires.
> Album
de photographies de la pièce. <
Mais également au roman de George MacDonald, Lilith.
J.M.B. entremêle constamment
la réalité et la fiction. Lisez ce qui suit si vous
voulez vous faire une idée du tissu serré dans lequel
est taillé son univers.
On retrouve dans la pièce
la plupart des noms de la famille Davies. George
est le nom de M. Darling, John Napoleon Darling emprunte son nom
à Jack, Michael Nicholas Darling honore
les deux autres garçons (Michael et Nicholas).
Sans oublier Peter... ! Wendy Moira Angela Darling
rappelle l'héroïne de sa pièce
Little Mary (Moira Angela ). Angela désigne
également Angela Du Maurier, la cousine,
des cinq frères Davies. Elle jouera le rôle de Wendy
dans les années 1920. Notons au passage que Gerald
Du Maurier (le frère de Sylvia) interprètera
le rôle de Crochet.
Porthos, le bien-aimé saint-bernard de
Barrie inspirera évidemment Nana. Mais, hélas, avant
que la production ne voit le jour, il mourra et Barrie adoptera
un terre-neuve, Luath. Arthur Lupino,
qui incarnera Nana, copiera ses mouvements d'après ceux
de ce chien !
Le Capitaine Crochet
fut inspiré par Wilkinson (un maître
d'école des enfants Davies, représenté dans
Le Petit oiseau blanc sous les traits de Pilkington)
Où vont les petites filles, je l’ignore.
Dans quelque lieu personnel, je suppose, afin d’y
remonter leur chevelure, mais les garçons vont chez
Pilkington . C’est un homme qui se promène
avec une canne. Vous ne pouvez aller chez Pilkington vêtu
de knickerbockers cousus par votre mère, les feraient-elles
le plus ingénieusement du monde. Ils doivent être
de véritables knickerbockers. C’est son inflexible
règlement. D’où la fascination mêlée
de crainte qu’exerce Pilkington.



[Chez le véritable Wilinson. Photographies
: Andrew
Birkin]
On le reconnaît à l'hameçon qu'il amorce
au moyen de véritables knickerbocker. Il pêche
toute la journée dans les Jardins. Ils ne sont pour
lui qu’une simple flaque où grouillent de petits
têtards. Ombre abhorrée ! Je ne sais pas sous
quel aspect ton art t’a portraituré, Monsieur,
mais imagine-toi barbu et ombrageux de caractère,
avec un corps à l’allure penchée et
tortueuse, qui ne se meut jamais sans cingler l’air.
Chaque matin, je le jure, tu lis avidement la liste de toutes
les naissances de petits garçons dans ton journal,
et alors tu frottes tes mains l’une contre l’autre
avec jubilation. C’est la crainte de ton personnage,
de ton habit et de ta canne, qui sont une part de ton personnage,
qui oblige les fées à se cacher dans la journée.
Quand bien même tu t’attarderais un jour parmi
leurs repaires, entre les heures de la Fermeture et de l’Ouverture,
il n’y aurait pas une seule place agréable
pour toi dans tous les Jardins. Le petit peuple déménagerait
en cachette. Combien plus sages sont-ils que les petits
garçons qui nagent, séduits, vers ton ingénieux
hameçon. Toi, le dévastateur des Jardins !
Je te connais, Pilkington
!
Le petit oiseau blanc
|
mais également peut-être
de "Hooky Crewe", un homme au crochet
de métal, qui inspira une terreur dans l'enfance de Barrie
et dont il est question au chapitre 2 de Auld Licht Idylls.
Une autre hypothèse est développée par Robert
Greenham dans son livre, It
might have been raining.
Dans The boy castaways,
Hook est déjà anticipé par Swarthy et dans
Sentimental Tommy par le Captain Stroke. Barrie jouait
toujours le rôle du Capitaine lors de ses jeux avec les
enfants Davies. Barrie est sans conteste une image de Hook. Ne
lui a-t-il pas donné son prénom, James ?
Il
faut également lire le discours écrit à son
sujet, à Eton. Il semble bien qu'il parle de lui-même...
Robert Greenham rappelle que "Hookie"
était également le surnom d'un boucher à
Black Lake Cottage qui fournissait des poissons rouges pour le
bassin qui agrémentait le jardin de Mary Ansell. C'était
aussi le nom d'un arbre dans ce jardin, d'après le nom
de la première tortue des Barrie, qui était attachée
à cet arbre. Cf. le livre de Mary Ansell, The happy
garden :

Soulignons que le premier crochet du Capitaine était double.

Nous reviendrons sur ce symbolisme.
Never
Never Never Land (qui finit par n'être plus que Never
Land et Disney s'arrangera pour transformer le nom de l'île
en Neverland), dans sa dénomination, est vraisemblablement
lié à une pièce de théâtre de
Wilson Barrett (The Never, Never Land),
en référence à une terre aborigène
de l'Australie.
Tinker
Bell
On ne remerciera pas Walt Disney.
Transformer la fée Tinker Bell en "l'innocente"
Clochette!

Certes, elle conserve certains traits malins et aguicheurs dans
le dessin animé, mais tout de même...
Tink(l)er signifie en langage scots une "bohémienne",
une fofolle portée sur "la chose" ou d'humeur
érotique, une vagabonde, une virago, etc. C'est un terme
injurieux. En anglais courant, le mot désigne un rétameur*,
un coquin, un mendiant, quelqu'un qui erre.
Celle de Loisel paraît plus barrienne :

* étamer [etame] v. tr.
ÉTYM. 1636; s'estamer, v. 1245; de estaim, estain. ? Étain.
1. Recouvrir (un métal) d'une couche d'étain. |
On étame le cuivre, la tôle (--> Fer-blanc), la
fonte, le zinc pour les préserver de l'oxydation. | Faire
étamer une casserole, une marmite de cuivre, de fer battu.
2. Recouvrir (la face interne d'une glace*) d'un amalgame d'étain
et de mercure (--> Tain).
Le Grand Robert
3. Développements
du personnage
| Avant d'être
"l'enfant qui refuse de grandir", Peter est "l'enfant
qui hait les mères" ! |
Bébé, qui parle néanmoins
comme un enfant plus âgé, ou joyeux drille, Peter
Pan est essentiellement connu sous la figure du second, dont s'empara
le cinéma, la littérature, la bande-dessinée
et même la psychologie. Peter Pan n'a pas d'âge réel.
Il se contente de vivre sur le mode du présent éternel.
Il fanfaronne, joue, vit et possède une mémoire
oublieuse.
Il semble avoir hérité
de certains attributs du dieu Pan (la chèvre, la flûte
et un comportement sinon outrancier du moins outré).
Peter Pan est l'enfant sans mère.
Il n'est jamais fait mention de son père, que ce soit dans
la pièce ou le roman. Emettons une idée folle :
et si le Capitaine Crochet (Hook) était son père
? En effet, il était fréquent que le même
acteur interprétât le rôle de Monsieur Darling
et celui du Capitaine, donc le Capitaine semble fait d'une double
nature.
Dans les premières productions
de la pièce, Peter Pan est costumé en Napoléon
!

(ici la délicieuse Pauline
Chase)
Etonnant, n'est-ce pas ?
A la fin de la scène avec
les pirates, dans le bateau, Peter Pan a vaincu Crochet. Le rideau
tombe. Puis il se lève à nouveau et Peter Pan apparaît
ainsi l'espace d'un tableau ! Les Garçons Perdus, derrière
lui, arborent des costumes militaires. Cette mise en scène
était censé parodier un tableau Napoleon on
board the Bellerophon de William Quiller Orchardson.

Barrie était un farceur. Il s'agit, selon toute vraisemblance,
d'une private joke à l'intention de Frohman, son producteur,
qui admirait tant Napoléon qu'il en avait un buste dans
son bureau.
A notre avis, une autre interprétation
demeure tout aussi possible, sans exclure l'autre. D'autant plus
que le second prénom de John Darling est Napoléon
! N'y aurait-il pas un lien de parenté entre Peter et les
autres enfants ? D'où notre hypothèse précédente
: et si Crochet (ou M. Darling) était le père de
Peter ? A défaut d'être sa mère bien entendu,
puisque
Hook était également une femme dans l'esprit de
son créateur...
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