

Ce roman est inédit en France. Il est
disponible en version française depuis le 28 septembre
2006, aux éditions Terre de brume (*).

En vente en librairie,
dans les magasins en ligne
et
sur le site de l'éditeur.
Un seul fragment de ce récit, les cinq chapitres centraux
consacrés à Peter Pan, a été publié,
il y a quelques années, sous le titre Peter
Pan dans les Jardins de Kensington. La démarche
n'est pas tout à fait illégitime, si l'on considère
que Barrie lui-même les édita sous cette forme. Toutefois,
cela sous-entendrait que Peter Pan est l'amande de ce roman et
que le reste (21 chapitres) n'est que coquille. Rien de plus faux.
Ces deux fragments sont construits en raison, sinon en regard,
l'un de l'autre. L'ensemble, une coquille d'ouf brisée
en mille éclats, cache un secret, un post-scriptum que
le lecteur devra déchiffrer.
Le petit oiseau blanc est un roman sulfureux. Mais la
provocation n'est pas là où cet adjectif semble
conduire. Il convient de le lire pour comprendre à quel
point il faut de l'audace à un homme pour vivre, non pas
dans l'imaginaire, mais dans la réalité qui se plie,
soudain, au bon plaisir d'une fantaisie intime et parfois douloureuse.
Lire ce roman revient à surprendre une conversation, c'est
un acte d'impudeur. On le décachète ; il s'agit
d'une lettre qui ne nous est pas adressée en propre mais
qui parle peut-être de nous. Barrie publie dans ce roman
tous ses chagrins et ses fantasmes d'homme dans un corps d'enfant,
toutes ses joies et ses espérances d'enfant dans une fausse
peau d'adulte. Le petit oiseau blanc est à la
fois l'enfant que la nature lui refuse, le livre que nous lisons
et celui qu'écrit le narrateur, et finalement le double
d'un enfant bien réel, George Llewelyn Davies (nommé
David dans le texte).
Barrie, petit homme d'un mètre cinquante, ouvre ici les
portes d'un royaume vieux et neuf, qui sera mis en images par
l'un des plus grands, Arthur Rackham. Les Jardins de Kensington,
où trône aujourd'hui la statue de Frampton et où
l'on peut tourner six fois autour du puits de Saint Govor (1)
afin d'en déchiffrer le message, sont le cadre d'un monde
de féerie - mais après la terrible Heure de la Fermeture
uniquement ! Peter Pan, âgé de sept jours, va s'y
envoler et y demeurer éternellement, vivant en bonne harmonie
avec les fées et les oiseaux des lieux. Le roman déchire
une percée derrière les apparences du sens commun.
Nous allons vivre quelques jours dans ces Jardins
, qui sont l'ébauche de Never Never Never Land. On
y apercevra même le premier reflet du capitaine Crochet
!
Ce roman est l'un des plus étranges de l'auteur et l'un
des plus ambigus de la littérature anglo-saxonne. Il est
très difficile de le comparer ou de le confronter à
d'autres du même genre, car il est un genre à lui
seul, ce qui est le propre d'une grande oeuvre. Certes, il s'inscrit
dans le prolongement des grands romans victoriens ou post-victoriens,
tels ceux de Lewis Carroll, Kenneth Grahame ou A. A. Milne. Pourtant,
il est difficile de l'affilier tout à fait à ses
derniers tant il est singulier. Attention ! Il serait fautif de
croire qu'il s'agit d'un livre pour enfant. Si par enfant on entend
un petit être déficient en raison et en expérience,
comparé à ses aînés, à ses parents.
Ce roman est celui d'un homme adulte, en proie à des tourments
existentiels, sentimentaux, qui vit dans un demi-rêve éveillé
et qui se console de ses impuissances. Il n'y a aucune ligne de
démarcation entre la vie réelle et le roman, entre
le monde de l'imagination et le quotidien. Barrie écrit
en pointillé et tâche de ne pas sombrer entre les
espaces qui séparent les tirets. Au lecteur d'en faire
autant !
Le petit oiseau blanc est un coffret magnifique qui contient
un joyau tout aussi resplendissant. Il s'agit, en vérité,
de deux romans enchâssés l'un dans l'autre : l'histoire
d'un célibataire endurci, le Capitaine W., fracturée
en son centre par un autre récit : la naissance de Peter
Pan! Hé oui ! Le Peter Pan de la pièce et du roman,
tous deux appréciés du public, n'est pas le véritable
Peter Pan. Ou, tout au moins, pas le seul.
Qui le sait encore de nos jours ?
Le narrateur anonymement révélé, le Capitaine
W., emmène un petit garçon nommé David pour
un voyage imaginaire dans le passé. Ce petit garçon
n'est pas le sien, mais l'un et l'autre font souvent comme si
c'était le cas. Mary A. est la mère de cet enfant.
Elle n'a jamais rencontré réellement le Capitaine
W. Pourtant, ce dernier est clandestinement l'artisan de son bonheur.
Le narrateur aime cette femme à distance, platoniquement
mais avec une effronterie certaine, et endosse le rôle d'ange
gardien. Finiront-ils par se rencontrer ? Se parleront-ils ? Le
roman s'avance ainsi vers nous, dès la première
ligne. Comment ne pas atteindre, à grands pas, le vingt-sixième
chapitre, constitué d'une dédicace, pour avoir le
fin mot d'une histoire, qui est aussi la confession d'une âme
triste et pure, celle de l'auteur ?
Ce roman est multiple. Un ensemble de saynètes et d'incises
qui ont pour but de faire perdre le fil au lecteur - afin de mieux
le retrouver. Certains événements, décrits
dans le texte, ont-ils réellement eu lieu dans l'histoire
? Quelle est, au sein de l'histoire elle-même, la part de
réalité et la part d'imaginaire ? L'ironie barrienne
prend ici, comme souvent, la forme d'une antipathie de surface
de la part du narrateur envers les autres. Cette forme feinte
de misanthropie dissimule un sentimentalisme qui n'a rien de douceâtre.
La guimauve est amère. Rien à voir avec cette
vision biaisée et fausse donnée par le mauvais film
de Marc Forster, avec dans le rôle principal un Johnny Depp
qui n'a rien du véritable Barrie, et qui est récemment
sorti sur nos écrans sous le titre trompeur de
Finding Neverland.
Pour trouver le pays de l'imaginaire, il suffit
de lire Le Petit oiseau blanc, qui est à la fois
la matrice de Peter Pan et des ouvres suivantes, mais également
le récit à peine transposé de la vie de Sir
James Matthew Barrie et de ses relations avec les enfants Llewelyn
Davies. Lequel des deux romans préférez-vous ? L'histoire
du petit Peter Pan, qui traverse la
Serpentine à bord d'un Nid de Grives, ou bien le chagrin
d'amour du Capitaine W. ? Mais peut-être que la véritable
question est de savoir ce que cache l'histoire de Peter Pan installée
au beau milieu de la première histoire.
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Lorsque j'ai traduit ce livre, j'ai pensé très
fort à mon grand ami, David B., qui est l'une des rares
personnes en ce monde à qui je dois quelque chose de véritablement
important. Lorsque je l'ai rencontré, j'étais une
affreuse apprentie philosophe, qui n'aimait rien tant que la rationalité.
Il m'a ouvert le chemin du merveilleux. Sans lui, je n'aurais
peut-être pas rencontré Barrie. Ce fut alors à
mon tour de lui présenter quelqu'un d'exceptionnel.
Aujourd'hui, avec son autorisation, je recopie ici deux fragments
qu'il m'a écrits, découpés dans plusieurs
lettres au sujet du Petit oiseau blanc, parce que ce
qu'il en dit me touche et parce qu'aucun critique littéraire
ne saurait dire mieux que lui la quintessence de ce roman atypique.
"La lecture du Petit Oiseau
blanc est une expérience étrange pour moi.
Le fait de savoir que vous l'avez traduit et que vous l'adorez
me gêne un peu pour me l'approprier pleinement, pour être
objectif. Malgré cela, je crois pouvoir vous dire que ce
livre est une merveille de finesse et de poésie. C'est
un livre qui ne pouvait se dérouler qu'à cette époque
et en ce lieu et n'être écrit que par un vrai gentleman.
Vous évoquiez la cruauté de Barrie. Comme vous aviez
raison ! Comme elle est nécessaire à faire ressortir
la subtilité et la délicatesse des émotions.
Je me suis accoutumé à cette poésie et ne
ressens plus le décalage qui m'avait fait trouver ce livre
exotique (bien que le chapitre de la naissance de David soit perturbant
et que l'auteur aime à se montrer sibyllin dans ses intentions).
La description de l'amour perdu de Monsieur Anon est l'une des
plus belles pages d'amour que j'aie eu l'occasion de lire. Barrie
déploie une imagerie d'une richesse qui semble infinie
et d'un raffinement qui ne fait que rendre la perte de l'amour
plus poignante. Car ce bouquin ne parle que de ça : d'amour
et de regret. L'amour envers les enfants, ceux qu'on désire
ou ce que l'on a, la passion envers l'être que l'on convoite,
que l'on aime et que l'on perd.
(...)
Mais vous n'êtes pas
innocente à ce mal qui m'étreint merveilleusement.
Votre Petit Oiseau blanc fait des ravages dans mon imagination.
Il s'y est installé durablement et recouvre tout de ses
plumes blanches. Le retour de Peter Pan auprès de sa mère
était bouleversant. J'ai enfin pleinement compris la beauté
tragique du personnage. Je me suis désormais pleinement
approprié ce livre. J'aime à m'y plonger, à
m'y oublier. On en ressort non pas triste de retrouver la réalité
mais recouvert de cette poussière de fée qui nous
fait voir le monde plus beau que d'habitude. Merci pour cela.
Ce livre m'oblige à regarder ce que j'aime d'un oeil nouveau.
(...) Je comprends désormais pourquoi vous avez pensé
à moi en traduisant ce livre. Il a totalement sa place
dans mon univers. Barrie partage mon intimité, car c'est
de cela qu'il s'agit. Quand il nous parle, il sait trouver l'enfant
en nous, ce qu'il nous raconte touche la partie la plus personnelle
de notre âme. Celle que l'on croyait partie avec tous ces
petits fantômes qui voltigent autour de nous à l'automne,
le souvenir de nos ailes qui n'ornent plus nos épaules
parce qu'on a douté d'elles. C'est triste de grandir, de
tuer tous ces merveilleux rêves. Alors, oui, que vivent
les morts !"
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(1) Le puits n'était pas le même à l'époque
de Barrie.
Le révérend W.J. Loftie (1839 – 1911) écrit
ce qui suit dans son Kensington pittoresque et historique,
page 24 (de la première édition, en 1888) :
« Il y a eu dernièrement des controverses au sujet
des puits dans les Jardins de Kensington. L’un d’entre
eux se trouve sur le petit chemin qui descend du Bassin Rond vers
le Bois Noir du Bassin ; il est asséché quand le
Bassin est récuré. Il est nommé Puits de
Saint Govor. Son eau ne mérite pas la réputation
de pureté qu’elle a acquise, car elle est souvent
souillée par des matières organiques. Saint Govor
est le saint patron de l’église de Llanover. Sir
Benjamin Hall fut le premier membre de la commission de travaux
publics, lorsque, en 1856, le nom fut apposé sur le puits
; il était le propriétaire de la paroisse, qui est
située dans le Monmouthshire.»
Si l’on se réfère au Menologium
[calendrier des saints] de l’Angleterre et du Pays de
Galles de Stanton, on peut trouver page 704 ceci : «
Gower, Patron de Llangower, Merioneth ». Il s’agit
d’un catalogue des saints gallois auxquels les Eglises sont
dédiées ou dont les noms apparaissent dans l’Ancien
Calendrier. Si Govor et Gower sont des variantes du même
nom, il est très difficile de l’affirmer. En tout
cas, le nom gravé sur la pierre du puits est Govor et non
Gover.
On peut trouver deux esquisses du puits dans le livre de Loftie,
dont l’une réalisée par Miss
Thackeray.
Le message actuel gravé sur ce puits est le suivant :
"This drinking fountain marks the site
of an ancient spring, which in 1856 was named St Govor's Well
by the First Commissioner of Works later to become Lord Llanover.
Saint Govor, a sixth century hermit, was the patron saint of a
church in Llanover which had eight wells in its churchyard."
(Merci à Robert
Greenham, qui m'a offert cette information !)
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Paroles de lecteurs :
- Wictoria
;
- Lily
;
- Fauna
;
- Lamousmé.
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Interview du traducteur
ici ou là.
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Article paru dans le numéro 29 de La revue littéraire
: ici.
(*) [Certaines coquilles se sont
logées dans le texte, elles seront corrigées lors
d'un éventuel retirage ; elles sont le fait de la négligence
d'un employé de l'éditeur; je n'en suis aucunement
responsable, ayant apporté le plus grand soin à
la correction de mes épreuves...Malheureusement,une partie
de mes corrections n'a pas été reportée sur
le texte envoyé à l'imprimeur ! Je suis la première
victime de cette disgrâce typographique.]
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